Retourner à Alger

C’est avec un immense plaisir que je retournerai à Alger en octobre afin de participer au FIBDA – Festival International de la bande dessinée. Mon voyage de l’an dernier reste un des meilleurs que j’ai fait, j’ai adoré Alger mais surtout la créativité et la gentillesse de tous ceux que j’y ai rencontré. Vraiment hâte de revoir tout le monde et de rencontrer de nouveaux talents, de nouveaux amis.

J’avais écrit quelques articles sur l’édition précédente :  reportage en quatre parties pour Actualitté  | trois articles en anglais dans Words Without Borders | un article en turc pour Kültürel Güncel’e yazdım.

Cette année-ci, je reviens avec une tâche différente mais tout aussi passionnante. Je vais partager du mieux que je peux mes connaissances des milieux culturels européens et internationaux pour offrir des conseils aux jeunes artistes et acteurs culturels travaillant notamment dans la bande dessinée et surtout de donner quelques outils qui permettront de présenter leur travail à l’international, collaborer avec d’autres artistes, postuler pour des résidences artistiques ou encore où chercher des fonds pour réaliser des projets… Toutes les infos sont sur le site du FIBDA. Je participerai aussi à une conférence sur les festivals afin de parler de mon expérience sur Istanbulles, le festival international de la BD d’Istanbul.

J’espère bien entendu aussi profiter de mes amis algérois et de la ville.

Soutien à François Bon et à Publie Net

Dégoût profond de lire que Gallimard attaque François Bon pour “contrefaçon” (lire ici brève de L’express).

Cette attaque concerne une nouvelle traduction par François Bon du Vieil homme et la mer de Ernest Hemingway, publié le 7.02.2012 sur Publie Net.

Comme il l’explique sur son blog, ce projet de traduction était pour François Bon un projet ancien

avec des souvenirs venus d’une enfance dans un recoin pauvre, le littoral vendéen à l’Aiguillon-sur-Mer, ses ostréiculteurs, le travail sur la digue où j’accompagnais mon père et mon grand-père. Parler lent, parler rare, épreuve continue des éléments de nature.

Traduire est un acte de générosité. On traduit pour le lecteur dans l’autre langue, on traduit pour offrir une autre perspective sur une histoire, un monde, on traduit pour “l’autre”. C’est un cadeau la traduction. Répondre d’une façon aussi violente au travail d’un auteur, éditeur, traducteur passionné comme François Bon est une attaque à la liberté de création et à la liberté de traduire. Cette attaque je la ressens personnellement en tant que traductrice, mais aussi lectrice, et j’en ai envie de vomir. Je comprends que François se retire pendant trois jours pour réfléchir au futur de Publie Net. Mais je souhaite de tout coeur qu’il n’abandonne pas. Il y a une communauté importante derrière lui, nous le soutenons tous.

Concernant les droits d’auteurs, je citerai ici Claro qui s’explique très bien dans son article sur le sujet :

Bien sûr, il existe des lois régissant les droits d’auteur, d’adaptation, etc. Bien sûr qu’il importe de les faire respecter. Mais ce n’est pas la traduction vieillotte de Dutourd que Bon a mis en ligne. Et il serait peut-être temps de ne pas considérer systématiquement comme illégale toute tentative de diffusion des textes autrement que par la sacro-sainte édition papier. Ni, sous prétexte d’un prétendu respect de l’œuvre et de sa diffusion, d’empêcher les démarches qui visent, au contraire, à en accroître et diversifier le rayonnement. Publier un texte consiste à le faire vivre, et non à conserver un minimum d’exemplaires en cave pour s’assurer qu’on en détient encore les droits ou à juger menaçante toute traduction autre que celle mise en orbite il y a des lustres.

C’est mon petit coup de gueule. Il se rajoute aux nombreuses voix qui s’élèvent contre Gallimard et en soutien à François Bon et Publie Net. Voici quelques liens (liste non exhaustive) :

Contourner les poteaux

Il arrive parfois, parfois trop souvent, qu’on nous mette des battons dans les roues, ou des poteaux en face des roues, pour nous empêcher d’essayer, pour nous empêcher d’avancer. Les raisons peuvent être multiples: jalousie, égocentrisme, incompréhension, ignorence, stupidité, et parfois simplement technique (mais c’est plutôt rare). Alors que fait-on? On peut s’arrêter avant le poteau, on peut se le prendre en pleine face, on peut le contourner. Et lorsque l’on contourne le poteau, qui reste bien à côté de la plaque, reste à avancer, jusqu’au prochain… Et puis le prochain… Du moment qu’on ne s’arrête pas. Il y a tellement de place autour du poteau. Ça serait dommage.

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Photo: Piste cyclable, Istanbul

Alger et le FIBDA

J’ai eu la chance d’aller en Algérie début octobre, afin de découvrir le Festival International de la Bande Dessinée d’Alger, dit le FIBDA. Ma rencontre avec la bande dessinée algérienne a commencé en décembre 2010, lorsque j’avais organisé un voyage d’étude sur la BD britannique (vous pouvez lire le compte rendu complet en anglais) et qu’un des organisateurs du FIBDA y avait participé: Rachid Alik. Rachid est responsable de la communication du FIBDA, il a une vision d’ouverture et une véritable envie de créer des liens entre la BD algérienne et le reste du monde. C’est dans ce cadre-là qu’il m’a invitée à participer au FIBDA. Vous pouvez lire mon reportage en plusieurs parties sur le site Actualitté:

L’âme d’un festival BD est en train de naître à Alger
Renaissance de la BD algérienne
FIBDA, un aperçu de la création BD en Algérie
Des bulles si rondes dans la BD algérienne

J’ai également profité  de ce voyage afin de visiter un peu la ville. C’était trop court bien entendu… donc j’y retournerai.

Bambous dans le Jardin d'Essai, Alger

 

 

 

Alger

En attendant un article plus long sur mon expérience algéroise, vous pouvez lire mon premier papier sur le Festival International de la Bande Dessinée d’Alger (FIBDA) sur le site d’Actualitté. J’ai passé un séjour merveilleux, j’ai rencontré des gens vraiment intéressants et très généreux, et j’ai découvert une scène BD pleine d’énergie et d’une qualité surprenante. La suite, après mon escapade londonienne des quatre prochains jours…

Alger, dans la Casbah

Trop gay pour une subvention ?

Couverture du roman Ali ile Ramazan, paru chez Dogan Kitap en 2010.

“Le roman Ali ile Ramazan de Perihan Mağden se voit refuser une aide à la traduction pour cause de son contenu homosexuel” écrit l’agent de l’auteur, Barbaros Altuğ, dans le quotidien turc Taraf (article repris dans son entièreté sur le site turc de littérature contemporaine Sabit Fikir), suite à la décision du comité TEDA de ne pas octroyer de subside à la maison d’édition allemande Suhrkamp pour la traduction de ce roman.

TEDA est un projet du ministère de la culture et du tourisme turc d’aide à la traduction d’oeuvres turques en langues étrangères. Comme il est expliqué sur la page en français du site web officiel:

L’objectif de ce projet est de subventionner la traduction, la publication et la commercialisation d’œuvres classiques et contemporaines issues de la culture, de l’art et de la littérature turcs par des maisons d’éditions de renom situées à l’étranger.

Parmi les critères les plus importants il y a donc le niveau de prestige et de renom des maisons d’éditions qui font la demande de subvention, ainsi que des traducteurs qui y sont associés.

Nombreuses maisons éditions étrangères ont bénéficié par le passé du soutien de TEDA afin de traduire des oeuvres de Perihan Mağden, aux côtés d’autres grands noms de la littérature turque comme Orhan Pamuk (une liste complète des oeuvres subventionnées peut être téléchargée sur le site TEDA).

Comme l’explique Barbaros Altuğ dans son article (ma traduction):

Suhrkamp fait partie des maisons d’édition les plus prestigieuses au monde. Et Mağden est un des noms les plus importants de la littérature turque. Où est donc le problème?

Le problème est en réalité qu’on se retrouve face à un mur de conservatisme profond ! Malgré nos efforts par écrit et à l’oral, de contacter le comité TEDA, ni moi même, ni Suhrkamp n’avons reçu de réponse à nos questions. Mais quelqu’un qui sait très bien comment fonctionne TEDA m’a dit “pourquoi vous étonnez-vous ? Il est clair qu’Ali ile Ramazan n’a pas reçu de subvention à cause de son contenu” ce qui vérifia nos doutes.

Ali ile Ramazan raconte l’histoire de deux jeunes orphelins homosexuels, l’histoire est tirée d’un fait divers. À travers ses différents romans, Perihan Mağden nous raconte l’histoire de ceux que la société oublie, ceux qui se retrouvent à la page des faits divers dans les journaux comme Ali et Ramadan, ceux qui se perdent dans la grandeur de la ville et dans l’angoisse de l’adolescence, comme les deux jeunes filles de son roman Iki genç kizin romani, Behiye et Handan. Tous ces personnages sont victimes du regard d’une société intolérante face à ceux qui sont différents ou dans le besoin. Les oubliés de la société, les rejetés du gouvernement, de l’armée, de leurs parents… Et le génie de Perihan Mağden est de raconter ses vies, parfois trop courtes comme c’est le cas pour Ali et Ramadan, sans tomber dans le sentimentalisme ou les clichés. Perihan Mağden nous montre l’humain et non la victime. Elle ne veut pas que l’on pleure sur le sort de ces personnages, elle nous pousse à nous rappeler que nous sommes avant tout humains. Il est donc d’autant plus déplorable qu’un projet tel que TEDA puisse censurer un roman comme Ali ile Ramazan. 

Couverture de la nouvelle édition de "Ali ile Ramazan" parue chez Everest

Dans une interview pour le programme culturel Gece Gündüz du 13 septembre sur NTV (télévision turque) Perihan Mağden explique (ma traduction):

Avec Orhan Pamuk, je suis sans doute l’auteur qui a reçu le plus de soutien du projet TEDA. Le projet TEDA a été clé dans l’ouverture d’auteurs turcs sur le monde. C’était un projet très important, très positif pour la littérature turque, et qu’il puisse à présent être dirigé par la censure est difficile à accepter.

Le journaliste, Yekta Kopan -lui aussi un auteur reconnu en Turquie- ajoute avoir également tenté de contacter les membres du comité TEDA, mais sans réponse positive.

Nous n’avons pour l’instant que la version des demandeurs, des “rejetés”, mais le silence de TEDA ne fait qu’accentuer les soupçons.

Bonne nouvelle pour les lecteurs allemands, Suhrkamp publiera le roman même sans la subvention.

Bonne nouvelle aussi pour les lecteurs francophones: j’ai traduit un extrait de Ali ile Ramazan pour l’anthologie d’auteurs contemporains turcs que je prépare actuellement pour Publie Net. Perihan Mağden est une voix importante de la littérature contemporaine turque et je suis absolument ravie de pouvoir ajouter ce texte à l’anthologie. C’est peut-être un luxe de nos jours, dans des situations socio-économico-politiques complexes de pouvoir s’exprimer librement, aller à l’encontre du politiquement correct. Je crois que le numérique nous permet de briser quelques barrières, et comme l’explique si bien Arnaud Maisetti en parlant de Publie Net dans son commentaire à l’article “A cause de mecs comme toi” de François Bon:

Et si nous sommes quelques uns, là, à croire que la lecture est aussi geste politique, et social, en proposant des textes qui sur ce terrain-là, opposent à la violence du pouvoir une forme de résistance (éthique), c’est parce que, non, nous ne bazardons pas la beauté : et qu’elle est peut-être le seul instrument qu’il nous reste pour faire face. Que la beauté soit une manière de répondre sur le terrain politique à la laideur toujours plus pesante de leur organisation brisée du monde.

Parce qu’avant toute chose, le texte de Perihan Mağden est beau, fort et contemporain. Et ça, aucune structure officielle ne pourra lui enlever.

En attendant l’anthologie…

… un nuage de mots.

Inspirée par le nuage Wordle créé par Bibliomancienne dans son dernier article “Après le livre ? On jase là”, j’ai décidé de me prêter au jeu Wordle et de créer un nuage de mots décrivant un peu (très peu en fait) l’anthologie d’auteurs contemporains turcs que je suis en train de préparer en coopération avec Christine Jeanney pour Publie Net.

A bientôt pour un nuage d’auteurs…